Une fois n’est pas coutume, allons faire un
petit tour à Java…
Les musiciens se préparent en buvant
du café, assis par terre sur des nattes.
Les villageois sont rassemblés. Il fait
nuit depuis une heure, des vendeurs
de soupe et de boissons fluo ont pris
place, tout le monde attend le début
du Kuda Lumping dans une ambiance
de fête populaire, bruyante mais fidèle
aux codes de la politesse javanaise. Des
masques de crocodile sont posés sur une
table sur laquelle semble veiller un vieil
homme au regard vide, comme absorbé
par un songe profond, il s’agit du chaman
en charge de la fête. Personne ne se
permettrait de le déranger, il est en train
d’apprivoiser les esprits malins attirés
eux aussi par l’événement et a effectué
quelques minutes auparavant des sesajen,
ou offrandes.
Soudain, le gong retentit ! Quatre fillettes
d’une douzaine d’années arrivent en dansant, habillées
d’une tunique verte, avec, coincé entre leurs cuisses
recouvertes d’un short serré noir, un cheval fait de
bambou et rotin. Les percussions se déchaînent, entraînées
par une envoûtante flûte qui semble diriger l’orchestre.
La gestuelle des danseuses est gracieuse et saccadée à la
fois. Puis, entre en scène un homme portant un masque
pourvu d’un long nez, c’est le ganongan, un être mauvais
qui semble vouloir ravir l’innocence des jeunes filles. Elles
lui échappent finalement et reviennent en scène une par une, assises sur le dos d’un homme d’âge moyen, qui a
glissé entre ses jambes le fameux cheval de rotin. Il a des
yeux de fou, s’excite sur son cheval, tandis que la jeune
fille s’accroche à son cou pour ne pas tomber.
C’est au tour d’un jeune garçon de commencer une
danse très nerveuse avec un masque de crocodile. Il est
rapidement suivi par un homme muni d ‘une cravache
qu’il fait claquer trois fois à terre. C’est là que les choses
sérieuses commencent. L’homme prend un masque tendu par le chaman et se met à gesticuler.
D’autres danseurs le suivent, certains
chevauchant un cheval de rotin, d’autres
masqués. Il y a des cris, les visages ont
parfois des expressions sanguinaires,
c’est le moment de la transe, où
s’exprime la force des danseurs. Les
plus excités se mettent à manger des
éclats de verre, arrachent avec les
dents des lambeaux de noix de coco.
Un danseur plus vieux que les autres
est à terre, se contorsionne, puis se bat
contre un ennemi invisible. La musique
est ensorcelante, cela dure des heures,
jusqu’à ce que le chaman passe de l’eau
bénite sur la bouche des possédés.
Le Kuda Lumping, dit aussi Jatilan ou de
façon plus populaire Jaran Kepang, peut
être représenté en version « dure »
ou « douce » (contrôle plus serré de
la transe par le chaman). Cette danse
qui mêle héritages hindo-bouddhiques
et soufisme, prend ses racines dans un
besoin de contestation populaire. Elle est encore souvent
pratiquée dans les campagnes reculées de Java parmi les
abangan (Javanais pratiquant un islam syncrétique) et revêt
des formes différentes selon les régions.
Kuda Lumping dans Galeries Photo Bali Authentique: |