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La religion Toraja

©Bali Authentique

Les Torajas constituent un groupe ethnique de Sulawesi sud. Le mot Toraja vient de « to riaja » qui signifie « peuple des hautes terres », nom que les Bugis du sud donnèrent à ce peuple vivant dans les montagnes de la péninsule sud-ouest de Sulawesi.

On compte aujourd’hui 650 000 Torajas, dont 450 000 vivent toujours dans leur région d’origine, le Tana Toraja (ou Pays Toraja). Beaucoup d’entre eux continuent à habiter dans leurs maisons si particulières, les tongkonan, dont les toits rappellent la forme d’un bateau renversé, et à y pratiquer leurs impressionnants rites funéraires.

Ces rites s’expliquent par la religion traditionnelle des Torajas, appelée Aluk To Dolo, dont sont issues leurs croyances animistes ancestrales. To Dolo signifie « les gens qui sont partis ». Cette religion consiste donc en une croyance aux ancêtres, en un mélange complexe de cultes, de mythes et de rituels ancestraux.

Pour les Torajas, le cosmos est divisé entre le monde supérieur, le monde des hommes et le monde souterrain. A l’origine le Paradis se maria avec la Terre. Cette union engendra des dieux dont les principaux sont Puang Matua, le dieu du Paradis, et Banggai di Rante, le dieu de la Terre. Pong Tulak Padang est le dieu qui tient la Terre entre ses mains et qui avec Puang Matua maintient l’équilibre de la Terre et sépare le jour et la nuit. Pong Tulak Padang est marié à Indo’ Ongon-Ongon, déesse caractérielle qui perturbe régulièrement son mari et donc l’équilibre de la Terre, ce qui entraîne des tremblements de terre. Elle est crainte par les Torajas, au même titre que Pong Lalondong, le dieu qui juge les morts. A côté de ces divinités principales existent  des dieux moins importants vivant dans le monde supérieur ou le monde souterrain. On trouve également sur Terre de nombreuses divinités, esprits et fantômes habitant les rivières, les arbres et les pierres.

Le rôle de l’homme est de maintenir l’équilibre entre le monde supérieur et le monde souterrain grâce à des rituels. On distingue deux grandes familles de rituels, les un destinés à la vie, les autres à la mort. Le Rambu Tuka, regroupant tous les rituels dits du Soleil levant ou de la Fumée ascendante, est associé au nord et à l’est, à la joie et à la vie. Ces rituels ont lieu à l’occasion d’une naissance, d’un mariage. Ils peuvent également avoir lieu pour apporter la santé, protéger une maison ou une culture de riz. Le Rambu Solo, regroupant les rituels dits du Soleil déclinant ou de la Fumée descendante, sont à l’opposé associés au sud et à l’ouest, à l’obscurité, la nuit et la mort. Le plus important rituel Rambu Tuka est la fête Bua’ lors de laquelle la Buraka, une prêtresse ou un prêtre hermaphrodite, demande aux dieux du paradis de protéger la communauté. Les rituels Rambu Solo incluent de grandes fêtes mortuaires. Lors de ces funérailles, qui sont aujourd’hui la principale caractéristique de la religion Toraja, la famille du mort étale ses richesses et des sacrifices d’animaux ont lieu. Les esprits des buffles sacrifiés, animaux sacrés chez les Toraja, suivront le mort jusqu’au monde d’après. Cet au-delà est appelé Puya, la terre des esprits, qui selon les Torajas se situe au sud-ouest en dessous la Terre. Grâce à ces fêtes mortuaires la personne décédée pourra atteindre Puya. Elle y sera jugée par Pong Lalondong avant d’escalader une montagne menant au Paradis. Elle rejoindra alors les ancêtres déifiés qui forment depuis la nuit des temps une constellation protégeant l’humanité et le riz.

C’est de ce paradis qu’est descendu un jour le premier homme noble, qui apporta avec lui la nourriture, les plantes, les animaux, les esclaves, les prêtres et toutes les composantes de l’ordre social. Cet homme noble n’est pas forcément arrivé directement en Pays Toraja. La légende raconte que les Torajas viennent à l’origine du Cambodge. Ils arrivèrent par la mer à Sulawesi où ils s’échouèrent lors d’une tempête. Ils utilisèrent alors leurs bateaux abîmés comme toit pour leurs maisons, d’où leur forme atypique.

Jusqu’à l’arrivée des missionnaires néerlandais au début du 19e siècle, les Torajas vivaient complètement isolés ou presque dans leur montagne, formant l’un des peuples les plus reclus d’Indonésie. Ces missionnaires en tentant de les convertir au christianisme provoquèrent des changements dans la religion Aluk To Dolo, qui à l’origine était divisée en deux cultes, un culte pour les vivants et un culte pour les morts. Les missionnaires interdirent en effet le culte des vivants qui représentait la fertilité et ne correspondait pas au culte austère protestant. Le culte pour les morts et les funérailles prirent alors toute l’importance que l’on retrouve aujourd’hui.

Depuis les années 1970 de nombreux touristes et anthropologues viennent assister à ces cérémonies uniques au monde. Aujourd’hui la société Toraja est passée d’un modèle agraire, dans lequel vie sociale et coutumes étaient des manifestations de l’Aluk To Dolo, à une société christianisée dans une large mesure. Si l’on compte désormais 60% de chrétiens et 10% de musulmans, 30% de la population Toraja continue à pratiquer l’Aluk To Dolo. Il n’est pas rare lors d’une balade dans les magnifiques contrées du Pays Toraja d’avoir l’occasion d’assister à une cérémonie funéraire. Mais avis aux âmes sensibles, même si aujourd’hui ce ne sont plus des têtes d’humains fraîchement coupées qui sont données en offrande, comme c’était le cas à l’origine, mais des buffles et cochons qui sont sacrifiés, ces cérémonies restent spectaculaires et ne laissent personne indifférent.

 
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