La vie artistique à Bali

Encyclopédie Bali Authentique

L’effervescence des activités artistiques, ainsi que le sens de l’esthétisme affûté de la population, peut sans doute s’expliquer par un besoin pressant de s’exprimer, propre à nombres de sociétés. A Bali, il est un autre fait à ne pas négliger : la part importante occupée dans la vie quotidienne par les loisirs, grâce à la coopération qui sous tend l’organisation agricole. De plus, l’élément capital pour permettre le développement d’une culture populaire forte est le refus de centraliser le savoir artistique au sein d’une classe spécifique d’intellectuels.

Dans tous les écrits fondateurs de l’éducation balinaise, comme le Niti Sastra, il est clair qu’un homme ignorant les traditions écrites est comparable à un muet, car il se devra de garder le silence lorsque les autres parleront. L’éducation des Princes, quant à elle, fait systématiquement la part belle à la mythologie, l’histoire et la poésie. Un membre de la noblesse se doit d’apprendre la peinture, la sculpture sur bois, la musique et même l’art de la fabrication des gongs et autres instruments. Il doit être capable de danser et de chanter en Kawi, la langue littéraire classique.

Si il existe des princes qui ne possèdent pas bon nombre de ses aptitudes, ils apporteront alors leur soutien aux artistes, acteurs et musiciens, se muant souvent en mécènes. Les gens du peuple voient en leurs princes des modèles de conduite que l’on peut imiter, et apprennent leurs poésies et leurs danses, reproduisent leurs peintures et leurs sculptures. De ce fait, la création artistique n’est pas l’apanage de l’aristocratie. Un homme du commun peut être un artiste talentueux au même titre qu’un noble éduqué, tout en restant agriculteur ou vendeur.

Jusque dans les années 1930 environs, les Balinais ne peignaient ni ne sculptaient dans un but précis. Il a souvent été établi que le langage balinais était dépourvu de termes équivalent à « art » ou « artiste ». C’est à la fois logique et vrai.

A Bali un artiste est essentiellement un artisan et dans le même temps un amateur occasionnel et anonyme, qui met son talent et son savoir faire au service de sa communauté, sachant l’intérêt et le respect suscité par son travaille lorsqu’on le sollicite pour, par exemple, embellir le temple du village, ou encore quand son voisin lui commande de sculpter une porte en échange d’un nouveau toit. Acteurs et musiciens jouent lors des cérémonies du village sans recevoir de salaires, et ils sont remerciés de leur participation à une fête privée en étant invité aux banquets, et parfois en recevant une donation destinée à couvrir les frais de la troupe.

L’idée de postérité est totalement absente de la mentalité artistique balinaise. De tout façon, sculptures et peintures ornant les temples et les palais nécessite des restaurations régulières. Si les Balinais sont extrêmement fiers de leurs traditions, ils restent progressistes et non conservateurs. Si une idée étrangère leur semble bonne, ils l’adoptent avec enthousiasme. Ainsi, toutes sortes d’influences extérieures ont laissé leur marque dans le paysage artistique balinais : influences indiennes, chinoises, javanaise… Pour devenir définitivement balinaises !

Le concept de « propriété artistique » est lui aussi absent. Si un artiste invente ou copie quelque chose jugé intéressant par ses pairs, il sera rapidement imité, jusqu’à ce que l’innovation soit maîtrisée ou passée de mode et qu’on en revienne aux anciennes normes.

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